Moins sourd qu'aveugle, mais pas pour longtemps !

Cet article a été publié le par Eric Caminade Batistin.

Catégorie : Textes

L'art de la peinture
Cette chose qui échappe à tout entendement.


Avez-vous remarqué comme n'importe quelle oeuvre picturale,
je dis bien n'importe laquelle,
trouve toujours son public de fans émerveillés.
Aucune règle, aucun critère de qualité,
aucun apprentissage d'un quelconque savoir faire,
n'est nécessaire pour s'afficher "artiste peintre".

Il suffit de se déclarer au centre des impôts, "artiste libre",
balancer quelques taches hurlantes sur une feuille ou une toile,
et hop, au titre de "l'émotion partagée",
vous voilà congratulé(e) pour votre immense talent
et votre sensibilité à fleur de peau.

Ce que je trouve étrange c'est que ce mode de fonctionnement,
totalement irréaliste et pervers,
n'a pas atteint la sphère musicale.
Si vous jouez très très mal de la guitare et chantez comme une casserole,
même votre petit cousin fan de tout ce que vous faites,
hurlera de désespoir et vous conseillera d'arrêter.

En peinture, non, faites n'importe quoi,
faites hurler les couleurs, écrasez-les, malaxez les,
crachez, ou marchez dessus si ça vous chante,
vous trouverez toujours une personne prête à vous applaudir:

"Quel talent, quelle sensibilité, tout ce rouge, tout ce bleu,
comme cela est puissant et profond,
comme cela nous ramène à l'essence même de la vie,
à nos souvenirs, à notre humanisme même !
Ah, je vous aime, oh , grand artiste !"

Mais alors, serions-nous aveuglés ou aimons-nous le mensonge ?

Aujourd'hui, entre le marché de l'art, où des oeuvres conceptuelles,
c'est à dire par exemple votre porte papier toilette en plastique rose,
ou un vieux chiffon usagé, ou une brique de béton,
sont vendues des millions d'euros pour placement boursier,
et nous, travailleurs pauvres, il y a comme qui dirait un gouffre.

En réaction, il faut bien manger, en achetant trois tubes de peinture,
et une spatule à écraser le tout sur une toile,
on peut obtenir quelques euros,
et tout plein de compliments surréalistes.
Fini notre pauvre condition de perdant, d'affamé,
nous voilà "artiste" !
Artiste peintre évidemment,
c'est plus difficile de devenir artiste cuisinier !

Ce mensonge entretenu par des milliers d'entre nous,
cette possibilité offerte d'exister, d'exercer un métier,
sans avoir besoin de l'apprendre,
est juste le seul moyen qui nous reste, avant de disparaître totalement,
mangés, digérés par un système froid et inhumain qui nous broie.

Alors que lors d'un bal populaire, ou même un karaoké,
une chanteuse ou un chanteur nul,
devra de suite arrêter de nous casser les oreilles,
sous peine de finir sous une pluie d'insultes.
Personne ne trouvera dans ses cris stridents le droit à une "émotion partagée" !

Il semblerait donc que la cécité soit le seul moyen qui nous reste pour survivre,
avant que bientôt peut-être, de plus en plus morts de faim,
nous ne soyons aussi rattrapés par la surdité,
et devenions toutes et tous musiciens !

Ce qui nous promet des bals d'été de plus en plus débiles...
°

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